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Texte
d'un éleveur passionné: Jean-Louis
Compère nous parle du Bengal:
Essai
hypothétique sur les origines d'une supposée socialité
"particulière" au Bengal...
(...où
il sera question de Jean Mill, d'une Maison Bleue adossée
à la colline de Maxime Leforestier et surtout du croustillant
Livre de la Jungle de Rudyard Kipling...)
Si les chats ne font pas exception à la règle générale
féline, c'est-à-dire ne sont pas des sujets particulièrement
sociaux, on ne peut pour autant prétendre qu'ils soient franchement
asociaux...
Et la nuance est de taille: les communautés "urbaines"
(chats des villes!) et "campagnardes" (chats des champs!)
de chats de ferme ou de chats harets sont là pour en témoigner.
Mais en ce qui nous concerne , laissons-là l'impasse ou le
cimetière, la cour de ferme ou le bocage, et revenons-en
à notre sujet d'élection et d'intérêt
: le Bengal...
D'autres éleveurs et nous mêmes, sans nous bombarder
"Doctors in Ethology", avons pu constater une propension
certaine du Bengal à la communauté, que celle-ci soit
intra ou pluri-raciale, voire pluri-spécifique:
Le Bengal n'hésite pas en effet à rechercher la compagnie
de ses semblables ou celle d'autres animaux familiers comme le chien,
par exemple (celui du poisson rouge...par expérience personnelle,
n'en étant pas un bon!)
L'on peut même avancer sans prendre trop de risques, que cette
compagnie recherchée entretient et participe à son
bien-être dans une large mesure, sans pour autant influencer
ou nuire à l'appréciation qu'il a de la nôtre...
Ces éleveurs, dont nous sommes, ayant souvent dans le passé
élevé ou cotoyé d'autres races de chats, ne
peuvent donc tous être uniquement taxés de doux rêveurs-passionnés-illuminés-subjectifs
genre:
"Les
Bengals sont plus "beat" que n'importe quelle autre race
de chat (dixit : surtout ceux d'entre-eux élevés aux
fumigations illicites (!) de leurs mentors...), d'ailleurs les miens
partent chaque année en colonie dans une "trop trop
cool" Maison Bleue du côté de San Francisco et
hippies plus partout à leur retour... ce qui n'est pas grave
nul!"
Bon...d'accord... restons sérieux...
...Nous sommes donc quelques-uns, disais-je, à supputer que
le Bengal soit plutôt (pas le chien !) un chat "grégaire"
voire "communautaire" en regard des autres races de chats...et
que cette spécificité satisfaite et respectée
semble même être l'une des conditions optimales de son
bien-être et épanouissement...
Ce constat étant toléré si ce n'est accepté
(... et puis c'est tout!) par les deux parties...reste à
tenter de comprendre le pourquoi du comment de cette différence
et particularité...
Comme chacun d'entre nous le sait (?) la seule caractéristique
d'importance que notre chat préfèré ne partage
point avec les autres races de chats domestiques est la suivante
(et ce n'est pas Jean Mill qui me contredira...) :
Il est le fruit d'une hybridation, c'est-à-dire celui d'une
savoureuse et hasardeuse rencontre entre deux espèces (et
non races...) et leurs gènes respectifs.
Ayant écarté d'emblée ceux que notre Bengal
possède en commun avec les autres minets, la poursuite de
notre raisonnement nous conduit donc à cette évidence
(?!):
Ce qui est à l'origine de la différence comportementale
du Bengal vis à vis de ses commensaux ne peut qu'être
la conséquence de l'apport de son autre pourvoyeur génétique
: le Prionailurus bengalensis...
Nous allons donc tenter de voir ensemble si cette hypothèse
"tient la route" dans la Jungle, notre ami Kipling ayant
omis, par inadvertance sans doute, de nous éclairer notre
"lanterne bengalie" à ce sujet dans son célèbre
"Jungle's Book".
Nous prendrons donc tout d'abord un certain recul en élargissant
notre débat à quelques-uns des autres membres de la
riche famille des Félidés... Puis nous reviendrons
à nos moutons ou plus précisément à
notre "loup dans la bergerie" c'est-à-dire à
notre ami précieux (quoiqu'en disent certains cas précoces
d'Altzeimer...), j'ai nommé : Prionailurus bengalensis...
Les félins, dans leur ensemble et à l'exception du
Lion (Panthera leo), sont généralement appréhendés
comme anti-sociaux par excellence...ce qui ne veut pas dire asociaux,
loin s'en faut, ainsi que nous allons tenter de le démontrer.
En effet, sur le terrain, de nombreux naturalistes ont pu relever
des entorses à cette généralité supposée
dans le cadre intra-spécifique, le seul qui nous intéresse
ici.
Ainsi, les chasses communautaires de fratries sub-adultes de Guépards
(Acinonyx jubatus) sont fréquemment rapportées.
Celles, durables ou temporaires, de couples de Jaguars (Panthera
onca), d'Ocelots (Leopardus pardalis) ou de Panthères/Leopards
(Panthera pardus), avec communication vocale interactive, sont également
répertoriées dans la littérature éthologique
féline.
Même le Tigre (Panthera tigris) peut faire montre d'une certaine
souplesse et tolérance inattendues vis à vis de ses
semblables, voire de sa progéniture insoupçonnée
(?) pour les mâles...le territoire de ces derniers recouvrant
souvent celui de deux ou trois, voire quatre femelles (ce qui semble
être une "institution" chez la gente féline,
variable cependant en fonction des milieux naturels et de l'abondance
des proies inféodées à ces biotopes).
Cette promiscuité favorise si ce n'est le rapprochement volontaire,
du moins les rencontres de type fortuite, bien qu'une véritable
panoplie de "balisage" territorial soit déployée
en permanence afin d'éviter les confrontations inutiles.
De plus, si l'on a parfois rapporté chez cette même
espèce quelques cas "d'infanticides" perpétrés
par des mâles par trop pressants (voire pressés !)
à dessein de précipiter la disponibilité des
femelles...cette même technique expéditive est également
usitée par les Lions mâles, espèce pourtant
réputée la plus "sociale" parmi les félins
!
A l'inverse, de nombreuses observations de Tigres mâles visitant,
tolérant voire jouant affectivement avec leur descendance
"présumée" ont été signalées.
Les avantages et inconvénients sélectifs de ces conduites
diamétralement opposées pour l'évolution de
l'espèce n'ont du reste pas encore été déterminés.
A l'encontre des grands félins, le Prionailurus bengalensis,
quant à lui discret à la fois de taille et de comportement,
est très rarement observé et encore moins étudié
dans son milieu naturel.
Concernant notre sujet d'interrogation, seul un certain Lord Medway
(naturaliste...britannique) fit, par le passé, mention d'une
observation "in situ" de ce qui pourrait s'apparenter
à un clan familial, formé d'un couple parental et
de deux juvéniles partageant ensemble leurs occupations du
moment: ablutions matinales "amphibies", jeux et farniente
attendrissant!
Les observations en captivité des quelques rares détenteurs
de petite communauté de Prionailurus bengalensis et notre
témoignage personnel nous paraîssent non seulement
accréditer cette thèse (en lui enlevant de surcroît
son caractère d'exception) mais plutôt même la
conforter.
Et l'opportunité de notre naturaliste anglais, pour isolée
qu'elle soit (du fait même de la rareté de celles-ci
sur le terrain), tend à prouver que nous ne sommes pas les
rapporteurs et témoins d'une dérive comportementale
de type "juvénile" engendrée par la captivité,
mais de l'expression naturelle d'un mode de vie tendant à
la communauté, lorsque les conditions optimales d'abondance
et de sérènité sont réunies, comme d'ailleurs
elles devraient l'être de concert chez nous tous...pour nos
Bengals.
* Hormis les mâles entiers ayant déjà
goûté "à la délicieuse sensation
accompagnant la dispersion de leurs gènes" (ayant déjà
sailli quoi !!!)...lesquels, en présence de femelles ou de
leurs phéromones, ne se supportent guère dans le cadre
d'un espace domestique...sauf exception, laquelle ne ferait alors
que confirmer la règle générale en vigueur
dans le genre félin.
Conclusion
: y'en a pas, c'est...vous qui voyez!
Jean-Louis Compère. (Chatterie Sundarbans).
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